Depuis janvier 2026, la liste commence à devenir longue : OFII → Service-Public → CRIJ → URSSAF → Choisir le Service Public → FICOBA → Service-Public à nouveau → Éducation nationale → Parcoursup → ÉduConnect → ANTS → Ev@lang → Tchap → JeVeuxAider → INSEE → DGFiP / Impôts.
Et nous ne sommes qu’en août. Il ne se passe pratiquement plus un mois sans que les médias annoncent une cyberattaque, une compromission ou une fuite de données concernant une administration ou un service public.
La France n’est évidemment pas la seule cible. Mais selon l’ENISA, l’administration publique est aujourd’hui le secteur le plus ciblé de l’Union européenne, concentrant environ 38 % des incidents recensés. Et parmi les incidents touchant les administrations publiques européennes, la France arrive en tête avec 27 %, devant l’Italie avec 26,3 % et l’Allemagne avec 16,2 %. Un classement dont nous nous serions volontiers passés.
2025 était déjà révélateur
L’ANSSI indique avoir traité 3 586 événements de sécurité en 2025, dont 1 366 incidents. Quatre secteurs concentraient une grande partie de ces incidents : 34 % pour l’Éducation et la recherche, 24 % pour les ministères et collectivités territoriales, 10 % pour la santé et 9 % pour les télécommunications.
Autrement dit, l’Éducation/recherche et les ministères/collectivités représentaient à eux seuls 58 % des incidents portés à la connaissance de l’ANSSI.
La succession observée depuis janvier 2026 ne semble donc pas constituer un phénomène totalement nouveau. Elle prolonge une tendance déjà bien installée.
Alors, sommes-nous mauvais en cybersécurité ?
C’est évidemment la question qui vient immédiatement à l’esprit. Sommes-nous réellement en retard en matière de cybersécurité ? Notre niveau de protection est-il devenu insuffisant face à l’évolution de la menace ? Ou sommes-nous simplement victimes de notre niveau de numérisation, avec des volumes considérables de données centralisées et, par conséquent, une surface d’attaque immense ?
Difficile d’apporter une réponse définitive. Elle se situe probablement quelque part entre ces différentes hypothèses.
Il faut également garder à l’esprit que nous ne faisons pas uniquement face à quelques pirates isolés derrière leur ordinateur. Certaines opérations sont conduites par des organisations cybercriminelles structurées et d’autres sont attribuées à des acteurs liés à des États disposant de moyens considérables.
Mais une autre évolution arrive. Et elle pourrait changer considérablement l’échelle du problème.
L’IA entre maintenant dans l’équation
Les nouvelles générations d’intelligence artificielle possèdent des capacités en cybersécurité qui progressent extrêmement rapidement. Des modèles comme Claude Mythos 5 chez Anthropic ou GPT-5.6 chez OpenAI sont capables d’intervenir sur des tâches complexes de cybersécurité : analyse de vulnérabilités, recherche de failles, génération de preuves de concept ou exploitation dans des environnements autorisés.
Ces technologies peuvent devenir de formidables outils pour les défenseurs. Mais la question est évidente : que se passera-t-il lorsque ces mêmes capacités seront détournées, reproduites ou utilisées par des attaquants ?
Nous pouvons imaginer deux scénarios. Dans le premier, nous utilisons massivement ces outils pour renforcer nos défenses, détecter plus rapidement les vulnérabilités et réagir avant qu’elles ne soient exploitées. Dans le second, les attaquants maîtrisent ces technologies aussi rapidement que les défenseurs et industrialisent une partie de leurs opérations.
Reconnaissance, recherche de vulnérabilités, phishing personnalisé, analyse d’infrastructures, exploitation de failles… Ce qui nécessitait hier plusieurs personnes et plusieurs jours pourrait progressivement être automatisé.
Le problème ne serait alors plus seulement le nombre d’attaques, mais leur vitesse, leur échelle et leur capacité d’adaptation.
Et pendant ce temps, nos données circulent
À chaque compromission importante, des données personnelles peuvent se retrouver dans la nature. Identités, coordonnées, informations administratives, professionnelles ou financières peuvent ensuite être revendues, recoupées ou utilisées pour préparer d’autres attaques.
Une donnée volée aujourd’hui peut devenir la matière première d’une usurpation d’identité, d’une fraude ou d’une attaque beaucoup plus ciblée demain. Et il ne s’agit ici que des grandes institutions dont les incidents deviennent publics. Je n’ose imaginer les chiffres réels concernant les PME, les associations ou les petites collectivités confrontées notamment aux ransomwares.
Nous n’allons évidemment pas revenir au boulier
Notre société est numérique. Nos administrations, nos entreprises, nos banques, nos communications, notre santé et une partie croissante de nos vies le sont également. Il serait inconcevable de revenir en arrière.
La seule direction possible consiste donc à augmenter notre capacité à protéger cet environnement aussi rapidement que progressent les capacités permettant de l’attaquer. Car nous ne sommes probablement qu’au début de l’histoire.
Aujourd’hui, une compromission peut exposer nos données, notre identité ou notre argent. Demain, les objets connectés, les véhicules autonomes et les robots feront progressivement partie de notre quotidien.
À ce moment-là, une compromission informatique ne concernera potentiellement plus uniquement nos données. Elle pourra également concerner notre sécurité physique.
Cette perspective devrait peut-être nous faire considérer la cybersécurité non plus seulement comme un sujet informatique, mais comme une composante essentielle de notre sécurité collective.
La question n’est donc peut-être plus de savoir si nous serons attaqués. Elle est de savoir si notre capacité à nous défendre progressera aussi vite que la capacité de ceux qui nous attaquent.
Carlos Goncalves
