« Je vous parle d’un temps. Que les moins de vingt ans. Ne peuvent pas connaître… »
Cette chanson de Charles Aznavour n’aura probablement jamais été aussi actuelle qu’aujourd’hui.
Nous vivons une époque où l’intelligence artificielle s’installe partout : dans nos ordinateurs, nos smartphones, nos voitures, nos maisons, nos montres connectées et bientôt dans presque tous les objets du quotidien.
Nous sommes dans une transition technologique majeure où il faut soit monter dans le train… soit accepter de rester sur le quai. Mais dans ce train, tout le monde ne voyagera pas à la même place. Il y aura ceux qui maîtrisent réellement ces technologies, ceux qui les consomment simplement et surtout ceux qui construisent les systèmes, les plateformes, les systèmes d’exploitation et le matériel qui feront fonctionner toute cette nouvelle dépendance numérique.
Aujourd’hui, l’IA nous est présentée comme une révolution positive. Et elle l’est sûr de nombreux aspects. Je suis moi-même l’un des premiers à l’utiliser, aussi bien dans ma vie personnelle que professionnelle.
Mais une chose m’interpelle : nous ne choisissons déjà presque plus sa présence. Elle s’intègre progressivement partout, souvent sans que nous l’ayons réellement demandé.
Mais dans la vie, rien n’est jamais totalement gratuit.
L’IA coûte aujourd’hui des milliards aux entreprises qui la développent. Beaucoup travaillent encore à perte. Mais une fois devenue indispensable à notre quotidien, il sera beaucoup plus simple de rentabiliser cette dépendance.
Le véritable risque n’est peut-être pas technologique. Le risque est de perdre progressivement notre indépendance intellectuelle, notre capacité à réfléchir seuls ou encore une partie de notre vie privée. Car une intelligence artificielle omniprésente pourra connaître nos habitudes, nos comportements, nos envies, nos achats et parfois même nos réactions mieux que nous-mêmes.
Les nouvelles générations grandiront avec l’IA comme nous avons grandi avec Internet, le GPS ou les smartphones : non pas comme une innovation, mais comme une évidence. Et c’est probablement là que le vrai basculement commencera.
Nous ne demandons pas de supprimer l’IA. Nous demandons simplement de conserver le choix. Le choix de l’utiliser quand elle nous aide réellement, sans qu’elle devienne obligatoire pour vivre, travailler, apprendre ou simplement exister dans une société toujours plus connectée.
Le vrai défi des prochaines années ne sera peut-être pas de créer une intelligence artificielle plus puissante. Mais de réussir à conserver notre liberté de penser sans elle.
Carlos Goncalves
