Nous arrivons peut-être à la croisée des chemins. Et il faudra bientôt nous poser une question toute simple pour l’avenir des prochaines générations.
Souhaitons-nous encore accueillir et former de jeunes Padawans dans nos entreprises afin qu’ils puissent devenir, un jour, des Jedi et, pour certains d’entre eux, des maîtres Jedi ? Ou accepterons-nous progressivement de supprimer les postes juniors parce que l’intelligence artificielle peut réaliser une partie de leurs tâches plus rapidement, plus efficacement et à moindre coût ?
Le risque serait alors de privilégier une réflexion à court terme, guidée par les gains de productivité et la rapidité d’exécution, au détriment d’une vision beaucoup plus longue.
La douce mélodie du chant des sirènes de l’IA et de ses possibilités presque infinies pourrait nous faire oublier une chose essentielle : nous aussi, nous avons débuté. Nous avons tous été, à un moment de notre vie professionnelle, de jeunes Padawans. Si nous sommes arrivés là où nous sommes aujourd’hui, c’est parce que quelqu’un nous a donné une première opportunité.
En sortant du lycée, d’une école ou de l’université, nous ne possédions pas encore vingt années d’expérience. Nous avons appris, fait des erreurs, posé des questions. Nous avons parfois travaillé tard le soir ou pendant des week-ends, dans l’ombre, sur des sujets dont personne ne se souvient aujourd’hui.
Et progressivement, nous avons acquis cette fameuse expérience que les entreprises recherchent tant. Chaque mission, chaque projet et chaque responsabilité nous ont permis d’ajouter quelques lignes supplémentaires à notre CV.
Je vois de plus en plus de jeunes diplômés rencontrer des difficultés pour trouver un stage, une alternance ou simplement leur premier poste. Et une question me vient : si demain l’IA récupère progressivement une partie des tâches traditionnellement confiées aux juniors, comment ces jeunes acquerront-ils l’expérience nécessaire pour devenir les experts, les managers, les dirigeants ou les entrepreneurs de demain ?
À force d’optimiser le présent, nous pourrions finir par fragiliser l’avenir. Il faudra peut-être, un matin devant notre miroir, nous poser cette question toute simple : le gain immédiat en vaut-il vraiment la chandelle ?
Car une entreprise ne peut pas fonctionner éternellement uniquement avec des profils expérimentés. Il faut bien que quelqu’un forme la génération suivante.
Il existe aussi d’autres formes de Jedi : plombiers, électriciens, mécaniciens, carreleurs, bouchers, boulangers et bien d’autres métiers encore. Des métiers parfois délaissés ces dernières décennies et qui retrouvent aujourd’hui toute leur importance.
L’IA aura probablement beaucoup plus de difficultés à remplacer celui qui vient réparer une fuite d’eau, installer un tableau électrique ou remettre une voiture en état. Et c’est une excellente nouvelle pour ces professions.
Mais une économie ne peut pas davantage reposer uniquement sur des activités locales. Elle a aussi besoin d’ingénieurs, de chercheurs, de commerciaux, de managers, d’entrepreneurs et de dirigeants capables de développer des entreprises, d’innover et de travailler à l’international.
Eux aussi doivent commencer quelque part.
L’intelligence artificielle représente une formidable opportunité. La question n’est donc probablement pas de choisir entre les jeunes et l’IA. Elle est plutôt de savoir comment utiliser l’IA pour aider nos jeunes Padawans à apprendre plus vite, à devenir meilleurs et à acquérir de nouvelles compétences.
Donnons-leur envie de progresser. Donnons-leur le droit d’être ambitieux. Donnons-leur la possibilité d’entreprendre, de réussir, de gagner de l’argent s’ils le souhaitent, sans les culpabiliser ni les décourager.
Parce qu’avant de devenir maître Jedi… il faut bien que quelqu’un accepte de vous confier votre premier sabre laser.
Carlos Goncalves
