Comme certains le savent peut-être, mais cela n’a finalement que peu d’importance ici, j’ai écrit trois tomes de science-fiction. Après avoir terminé le troisième, j’ai volontairement quitté cette zone de confort pour me lancer dans l’écriture d’un roman policier, teinté de thriller.
J’ai commencé il y a un peu plus de deux ans. La trame est claire dans ma tête, les personnages aussi. Pourtant, je n’en suis qu’au chapitre cinq. Le syndrome de la page blanche n’est pas un mythe. Il est bien réel. On peut se placer dans les meilleures conditions possibles, rien n’y fait parfois. L’inspiration ne se commande pas.
Vous vous demandez sans doute quel est le rapport avec mes articles orientés IA. Il est bien plus direct qu’il n’y paraît. Un article, comme un livre, a besoin d’idées, d’imagination, de cohérence, d’une trame. J’ai donc volontairement testé l’IA face à cette fameuse page blanche, aussi bien pour un article que pour un projet de roman.
Soyons clairs. Je n’aime pas qu’on puisse dire que j’ai sous-traité mes écrits à ce que certains appellent, un peu rapidement, un nouveau « nègre littéraire » numérique. Pour être précis et lever toute ambiguïté, je parle ici du terme de prête-plume au sens strict : une aide à la rédaction, pas une délégation de pensée.
Dans les faits, mes articles contiennent souvent autant, voire plus de matière que ce que l’IA pourrait produire seule. Je l’utilise essentiellement pour gagner du temps sur la correction. Chaque phrase proposée est relue, validée ou rejetée. Je reste responsable de mes mots, de mes idées et surtout de mes prises de position. Les thèmes abordés viennent de l’actualité, de l’observation et parfois d’un ressenti personnel.
Pour un livre, l’expérience a été encore plus révélatrice. Bloqué par manque d’inspiration, j’ai expliqué ma situation à l’IA, partagé la trame générale, sans jamais lui transmettre les chapitres déjà écrits. Le constat a été sans appel : des propositions pauvres, sans souffle, souvent incohérentes. Pour avancer, il fallait lui donner de la matière, des idées, presque la solution elle-même. Et même ainsi, le résultat restait décevant.
L’IA propose, mais elle n’imagine pas vraiment. Elle assemble, reproduit, corrige. Parfois sans logique narrative. J’avais déjà remarqué, en lisant certains articles ici ou là, cette sensation étrange en fin de lecture : un texte lisse, sans aspérité, sans prise de position. Quelque chose d’artificiel, sans âme, sans signature reconnaissable. Avec le recul, beaucoup de ces textes portaient clairement la patte d’une production assistée, voire générée.
L’IA est une assistante efficace. Elle fait gagner du temps. Elle échange sans contradiction. Elle conseille à partir d’une base de données, pas d’une expérience vécue. C’est là toute la différence.
L’intelligence humaine ne sera réellement dépassée que le jour où une IA sera capable de rêver, d’imaginer sans copier, de créer sans modèle préalable. Est-ce souhaitable ? Devrait-on en avoir peur ? À mon sens, ce stade est encore loin. L’IA apprend et reproduit. Elle analyse et corrige. Elle répare des problèmes déjà connus. Là où le cerveau humain improvise avec ce qu’il a sous les yeux, l’IA a besoin d’un passé pour résoudre le présent.
Ce qui m’inquiète le plus, finalement, n’est pas l’IA elle-même, mais notre rapport à elle. Une génération entière semble avoir de plus en plus de mal à réfléchir par elle-même. L’effort intellectuel recule. La recherche, le doute, le temps long, le rêve deviennent secondaires. L’IA apporte un confort intellectuel séduisant, mais potentiellement anesthésiant.
À force d’augmenter la puissance neuronale des GPU, on risque d’oublier d’entraîner celle des humains.
Carlos Goncalves (avec l’aide d’une IA 😉)
