L’idée de cet article m’est venue après plusieurs heures d’échange avec mon IA. Pendant cette discussion, une réflexion m’est venue, suivie d’une image que beaucoup d’entre vous connaîtront : JARVIS, l’IA de Tony Stark dans Iron Man.
Pourquoi cette référence ? Parce que j’ai le sentiment que nous sommes en train de reproduire, sans même nous en rendre compte, un comportement que nous avons découvert dans les films de science-fiction. J’ai donc décidé de baptiser ce phénomène l’effet JARVIS.
De plus en plus de personnes dialoguent avec ChatGPT, Gemini, Claude, Grok ou d’autres IA exactement comme Tony Stark parlait à JARVIS : à haute voix.
La différence est pourtant essentielle. Tony Stark était seul dans son laboratoire. Nous, nous sommes au bureau, dans les transports, dans un café ou à la maison.
Au premier abord, cela paraît naturel. Pourtant, j’y vois plusieurs conséquences auxquelles nous ne prêtons peut-être pas encore suffisamment attention.
La première concerne notre rapport à l’écriture. Lorsque tout passe par la parole, nous faisons moins d’efforts pour écrire, relire et structurer notre pensée. Ce n’est pas un problème aujourd’hui, mais c’est peut-être une évolution qu’il faudra observer dans les années à venir. L’écriture oblige à réfléchir différemment. La parole est plus spontanée, mais aussi plus immédiate.
La deuxième est plus professionnelle. Imaginez un open space de vingt ou quarante collaborateurs échangeant toute la journée avec leur IA. Même avec un casque audio, le niveau sonore deviendrait rapidement difficile à supporter. Nous contrôlons rarement le volume de notre voix lorsque nous sommes plongés dans une conversation. Ce qui fonctionne parfaitement lorsque l’on est seul devient beaucoup plus compliqué dans un espace partagé.
La troisième concerne la confidentialité. Aujourd’hui, les entreprises forment leurs collaborateurs à verrouiller leur poste de travail, à utiliser des mots de passe robustes ou à détecter les tentatives de phishing. Demain, il faudra peut-être ajouter une nouvelle règle : ne dictez pas à voix haute un contrat, une proposition commerciale ou une présentation stratégique dans un lieu où d’autres personnes peuvent vous entendre.
Les murs ont toujours eu des oreilles. L’IA ne change rien à cette réalité, mais elle peut nous faire oublier cette évidence.
Enfin, il y a la vie quotidienne. Dans les transports, au restaurant, à la maison ou entre amis, avons-nous réellement envie que notre entourage entende chacune de nos conversations avec notre IA ? Pas forcément. Comme toutes les habitudes, celle-ci risque de s’installer progressivement jusqu’à devenir normale.
Il existe certainement beaucoup d’autres exemples, mais ceux-ci me semblent suffisamment concrets pour illustrer mon propos.
Si vous suivez régulièrement mes articles, vous avez peut-être remarqué que certains sujets paraissent surprenants au moment où je les écris… avant de devenir d’actualité quelques mois plus tard. Ce n’est pas de la prémonition. C’est simplement le résultat de l’observation et de l’attention portée aux changements de nos comportements.
Je suis également convaincu que les formations à la cybersécurité devront progressivement intégrer une nouvelle dimension : la confidentialité numérique liée aux usages de l’IA vocale.
Je me trompe peut-être. Mais si cet article vous pousse simplement à observer autour de vous ce phénomène pendant les prochaines semaines, alors il aura déjà atteint son objectif.
Et vous, pensez-vous que l’effet JARVIS est une évolution naturelle de nos usages ou le début d’une nouvelle habitude dont nous ne mesurons pas encore toutes les conséquences ?
Carlos Goncalves
